COUP DE CŒUR – Il y a maintenant deux ans, Pascal Fumeaux vivait un accident de la route qui allait changer sa vie. L’homme ne s’est pas laissé abattre pour autant. Rencontre avec un éternel optimiste au contact facile qui nous livre une véritable leçon de vie !

Photo: Pascal Fumeaux

Le 18 août 2017 restera gravé à jamais dans la mémoire de Pascal Fumeaux. Alors commandant de la police municipale de Conthey, il est victime d’un accident de la route au guidon de sa moto. A la poursuite d’un automobiliste circulant avec le natel à la main, il entre en collision avec une voiture venant en sens inverse. Le constat est sans appel. Sa jambe gauche n’a pas survécu. Il est alors plongé dans un coma artificiel et connaîtra de longues opérations. Lors de ces interventions, il doit être réanimé à deux reprises. Visiblement, le bon Dieu ne l’a pas voulu car il y avait « encore quelque chose à faire » selon lui. Finalement, il sera amputé d’une partie de sa jambe gauche.

Il mettra un peu de temps à revenir, à se familiariser à cette nouvelle jambe. Mais grâce à sa volonté de toujours aller de l’avant, il reprend petit à petit le travail. Malheureusement, les contraintes deviennent trop importantes et poussent son employeur à mettre un terme à son contrat. Mais rien ne semble démotiver cet homme toujours souriant qui voit ça comme une chance de relever de nouveaux défis.

Le sport comme exutoire

Hormis son travail, dont on a beaucoup parlé jusqu’à maintenant, il vouait une réelle passion pour un sport précis, le triathlon. Mais sur des longues distances, les fameux Ironman (3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42 km de course à pied). Avec 13 participations à des IronMan, Pascal Fumeaux espérait une qualification pour le plus grand, celui d’Hawaii en 2018. Cet accident aura mis une croix sur son rêve, mais pas à sa passion. Il repart à l’entraînement pour relever son plus grand défi, réaliser son 14e IronMan.

Samedi 29 juin 2019, moins de deux ans après son accident, il franchit à nouveau la ligne d’arrivée d’une course. Dans le Nord de la France, à Gravelines, avec le soutien de l’ensemble de ses amis du Triathlon Club Valais, il vient à bout des 750 m de nage, 20 km de vélo et 5 km de course en 1h57 ! Sur la ligne d’arrivée, tous sont réunis, se tombent dans les bras et l’émotion se lit sur le visage toujours souriant de Pascal ! (Son arrivée en vidéo)

Dans la foulée, il participe au Triathlon de Genève pour l’association Tout est possible qui le soutient. Il conclut le parcours de 250 m de nage, 8 km de vélo et 2.5 km de course à pied en 59 minutes.

Une rencontre pleine de motivation !

Après avoir fait plus amples connaissances avec le parcours atypique mais ô combien exemplaire de Pascal, voici une petite interview, réalisée dans un café. Il arrive, en vélo et en tenue d’entraînement, juste avant d’aller donner des cours de sport. Il est infatigable.

B.C. Comment est-ce qu’on fait pour passer au-dessus de ce qui vous est arrivé ? Certains ont de la peine.

P.F. Je pense que le sport que je faisais avant m’a beaucoup aidé parce que pour faire 10/15 heures il fallait déjà être fort. L’esprit toujours positif aussi. En me réveillant, le médecin me demande si ça va, je lui réponds merveilleusement bien. Ensuite, j’ai eu 4 jours difficiles à l’hôpital à Berne parce que je me rendais compte que j’avais failli y rester 3 fois et je prenais conscience de ce que j’avais fait vivre à mon entourage. Plein de soucis divers m’ont poussé au fond du trou, mais il ne faut pas se laisser aller.

Qu’est-ce qui est le plus dur ? Le regard des autres ?

Non. Pour moi, ce qui a été le plus dur ça été le licenciement. J’ai repris progressivement à 40, puis 60, puis 80%, mais certaines contraintes liées à mon travail je ne pouvais plus les faire, ce qui a encouragé mon employeur a mettre fin à nos relations. Les six mois suivants ont été très durs, parce que ca faisait 28 ans que j’étais policier et j’ai juré honneur et fidélité au canton du Valais. Mais j’ai découvert d’autres choses. Je me fais plaisir. Désormais, j’entraîne des jeunes pour trouver un travail en faisant Sierre-Zinal. J’ai trouvé mon truc. Je vais attaquer un bachelor en travail social à la rentrée 2020.

On l’a dit, vous venez de finir votre deuxième triathlon depuis votre accident, quels changements ont été apportés dans vos méthodes d’entraînement ?

Aucun grand changement. Je m’entraîne la même chose qu’avant. Ce qui change en revanche, c’est surtout au niveau course à pied, c’est beaucoup plus technique car j’ai que le fessier qui me fait avancer. Je dois renforcer les muscles fessiers pour pouvoir courir. La vitesse aussi, car je vais forcément moins vite. Mon coach, Eric Gauthier, a continué à me suivre car j’ai besoin d’avoir un objectif et un cadre pour l’atteindre. Je ne veux pas rater un entraînement !

Est-ce que les gens portent une attention plus particulière sur vous depuis, en termes de sécurité à l’entraînement, etc. ?

Pas spécialement. Même si, en vélo, je remarque que les automobilistes sont beaucoup plus attentifs avec moi. Je n’ai plus vraiment été serré. L’automobiliste se déporte et prend plus de précautions en voyant ma jambe raccourcie.

Qu’est-ce que vous vous êtes dit sur la ligne de départ à Gravelines ? Et à l’arrivée ?

Franchement, je ne me suis rien dit de spécial. Comme quand j’avais deux jambes, je ne voulais pas trop frotter au départ de la natation. A l’arrivée, c’était hyper touchant de voir tous les membres du club m’attendre. Ça n’a pas été facile de retenir mes larmes. C’est monté en moi. Mais de penser que ce que je fais peut motiver des gens, c’est un cadeau pour moi !

Où est-ce que vous puisez toute cette énergie ?

C’est surtout l’envie d’aller de l’avant, de ne rien lâcher. Sans ma force de caractère je n’arriverais pas à atteindre mes objectifs.

Aujourd’hui, avec le recul, quel regard portez-vous sur votre renaissance ?

C’est clairement une renaissance. Dès que je me suis réveillé, je me suis dit j’ai fait 50 ans avec deux jambes, désormais je continuerais avec une. J’ai dû réapprendre à marcher, comme quand on naît. J’ai seulement un bout de moins et je vais moitié moins vite, c’est bien normal.

Pour le futur, on peut vous souhaiter quoi ?

La santé, seulement. C’est le plus important. Sans la santé, tu n’as rien, même si tu as de l’argent ou tu es bien entouré. La vie est trop courte pour s’embêter et penser trop matériel, même si on en a besoin.

Si vous aviez un message à faire passer aux lecteurs, ce serait lequel ?

Quand on veut on peut et tout est possible. Même la personne qui n’a pas les capacités pour, elle ne va peut-être pas arriver là où elle veut mais elle aura essayé et n’aura rien à se reprocher. Si tu veux, et que tu tentes tout, tu n’y arriveras peut-être pas, mais tu n’auras pas de regrets et tu auras tout fait pour y arriver !

Merci à Pascal Fumeaux pour cet entretien et bon vent à lui dans ses futurs objectifs sportifs et professionnels !

Les soutiens de Pascal : Association Tout est possible, Help for hope, CRR Suva, Össur, Herbalife, Plusport